Tai Ji Quan à Clermont-Ferrand

Les arts martiaux chinois comportent deux courants ; deux façons de travailler et d’utiliser le corps, en technique comme en combat : les styles dits « externes » et ceux dits « internes ».

Voici une rapide présentation des arts martiaux chinois dits  internes ; rapide car il faudrait plusieurs tomes pour faire le tour. Rapide également car je ne suis pas du tout un spécialiste et qu’en plus, même les historiens de ce domaine, ne sont pas d’accord entre eux…

Les principaux styles « externes » sont, le Shaolin, le Hung Gar, le Choy Li Fut, le Nan Quan, le Chang Quan… Pour faire court, qui dit « externe » dit travail sur la puissance musculaire (LI) ; utilisant les muscles superficiels (basiques).

POURQUOI L’INTERNE POUR APPRENDRE A COMBATTRE ? Pourquoi avoir eu l’idée de s’entraîner au combat par le relâchement musculaire (Fang Song), les ondulations…(voir critères plus bas) ? Très certainement pour plusieurs raisons : par le constat que la force fatigue très vite / l’observation de la nature, comme le serpent, l’eau, le vent…montrent des forces bien supérieures / sur le constat que relâchement+vitesse sont plus rapides que force+vitesse / que l’application de règles biomécaniques (leviers articulaires, technicité pour les projections…) prime sur la seule puissance et que si le corps est trop tendu, ces techniques biomécaniques ne peuvent s’appliquer…

Il est à noter qu’auparavant on privilégiait le corps à corps au pieds-poings ; les premières traces écrites de combat, montrent de la lutte et celle-ci est restée la plus répandue pendant des siècles.

Être gainé quand l’adversaire est très physique, cela se comprend, mais être relâché pendant les assauts puissants de l’autre, c’est bien plus complexe ; physiquement et mentalement (lutter contre les réflexes reptiliens : peur et contraction musculaire). C’est aussi pour cela que cette façon de combattre est tellement longue et difficile à maîtriser, que la majorité des gens lui ont préféré les boxes externes, plus faciles et rapides à appréhender. Mais les pratiquants du courant interne ne suivent pas le rapide-facile-pratique…l’efficacité martiale…; tout ça n’est pas leur priorité.

1/ Les principaux ARTS MARTIAUX CHINOIS DITS « INTERNES » (Neijia Quan) sont : Taiji Quan (17e) -Taï Chi Chuan en cantonnais-, le Ba Gua Zhang (Pékin 19e siècle), le Xing Yi Quan (non daté précisément), le Wudang Shan (boxes taoïstes non datées précisément), le Siming Shan, et le dernier en date, le Yi Quan (anciennement Da Cheng Quan, 20e).

2/ Le SYSTEME DE BOXE INTERNE (Neijia Quan) : la légende dit que ce serait un ermite taoïste du nom de Zhang Sanfeng (13e siècle) qui aurait créé cette façon de combattre, mais les premières réelles traces écrites datent les origines de la création de ce système de combat au 17e siècle à Siming Shan dans la province du Zhejiang (sur la tranche centrale de la Chine) et aussi dans le village Chenjiagou (fief de la famille Chen) à environ 50 km du temple de Shaolin du nord de la Chine.

3/ Le TAIJI QUAN a PLUSIEURS ECOLES ; les principales sont, le Chen, le Yang, les Wu (deux), le Sun, le courant taoïste des Monts Wudang.

4/ Le STYLE CHEN serait né officiellement au 17e siècle avec Chen Wangting (1600-1670 ou 1587-1664), qui aurait commencé à travailler la boxe, la lance et le sabre ; il transmettra sa pratique à ses enfants, qui poursuivront son enseignement…

Pendant six générations, le savoir se transmet en famille, puis un de ses descendants, Chen Changxing (1771-1853) ouvre l’enseignement aux personnes extérieures à la famille.

Ce dernier aurait donc appris à Yang Luchan (1799-1872) qui créera ensuite le style Yang (à moins que ce soit son petit-fils Yang Chengfu 1883-1936), qui enseignera à Wu Quanyou (1834-1902) qui créera le style Wu…

Sun Lutang (1801-1933) créera ensuite également son style (Sun) etc…

Yang Luchan (1799-1872 Wudi l’invincible) a fait partie de la dernière génération de combattants. Il est dit qu’il enseignait à la Cité Interdite, un style (Chen ?) déguisé, vidé de tous les fondamentaux, car on dit qu’il était anti-mandchou. Chen Yanxi (1820-1901 ?) enseigna pendant une dizaine d’années aux gardes du corps du ministre de l’impératrice Cixi.

5/ OUVERTURE ET SIMPLIFICATION. La toute jeune République de Chine impose l’ouverture de la pratique sportive au plus grand nombre. Inéluctablement se sont imposées les obligations de simplifier, réduire, faciliter… Fini la vitesse, place aux gestes lents, fini le martial, priorité à la santé et bien-être du plus grand nombre, fini la complexo-difficulté, place à la simplification et raccourcissements des enchaînements. On peut rajouter les interdits de pratique martiale des idées communistes ; ce qui obligea les écoles à rester sur de la pratique de santé et bien-être. Du coup, on comprend mieux pourquoi le TJQ enseigné aujourd’hui est si inefficace en combat réel.

Voilà rapidement pour l’aspect historique.

5/ Il existe aussi des STYLES DITS « MIXTES », ayant une partie de leur travail axée sur les principes externes et internes (par exemple Ba Ji Quan, Wing Chun, Tong Bei Quan…) ; il est donc faux de croire que l’interne et l’externe sont cloisonnés, différents, et ne sont jamais combinés.

6/ LE TRAVAIL interne s’axe principalement sur des PRINCIPES, philosophiques et techniques.

Là encore je ne suis pas un spécialiste ; voici rapidement ce que j’en sais à l’heure où j’écris ces mots :

PRINCIPES PHILOSOPHIQUES (très important de les intégrer avant toute chose ; tout le reste en dépend)

. le Yin Yang et son image des formes-poissons noir et blanc, le Taiji Tu qui matérialise que tout est changement, modification, interactions, périodes, timing, exemples et contre-exemple, complexo-diversité, en mouvement, circulant, alternant tout en étant simultané, mettant en avant non pas l’Etat (figé) mais l’Action en train de se faire….

. ETUDE (des principes), RECHERCHE, EXPLORATION sont bien plus intéressantes que trouver et s’arrêter. Explorer sans cesse en se disant : aujourd’hui j’en suis là et je ne sais pas du tout ce que me réserve les prochaines minutes

. laisser-tomber les sensations (qui peuvent être trompeuses et sont de toutes façons changeantes) / les interprétations, certitudes, définitions, réussite-échec… ; définir c’est déjà se tromper…

. l’enfant c’est les fantasmes, les blessures… ; l’adulte c’est la discipline, la recherche, avisée. Abandonner les fantasmes, chercher l’éveil et l’objectivité

. le temps qui s’écoule n’a plus d’importance ; tout comme le rapide-facile-pratique, l’efficacité martiale… Maintenant on pose les valises et on prend son temps

. par deux, travailler à ne faire qu’un ; bienveillance, détachement de gagner ou perdre

. etc…

– quelques PRINCIPES TECHNIQUES

. enlever la force musculaire (Li) et progressivement la force élastique-ressort (Jing) viendra, puis l’énergie pure (Qi)

. travailler sur relâchement musculaire (Fang Song) en utilisant les muscles profonds (phasiques) et non la force musculaire (Li) des muscles superficiels (basiques)

. travailler à développer en permanence la force Song du ballon gonflé ; le Dan Tian ventral est le centre de ce ballon, nos bras et jambes sont à l’intérieur de ce ballon

. tirer la tête vers le haut

. chercher une bonne connexion au sol

. creuser légèrement la poitrine (qui ouvrira très légèrement le dos)

. TRANSFERT 100% ou 70% dans une jambe puis rotation des HANCHES puis prendre le PAS ou sa fermeture

. etc…

Un travail complexe, précis, incroyablement riche et profond…

La pratique passe par :

les formes (enchaînements de mouvements codifiés que l’on fait seul dans le vide) ; une « gymnastique douce », tenant le corps et l’esprit en éveil et sans stress, tonifiant sans fatiguer, apportant plein de sensations agréables, dénouant les tensions nerveuses et musculaires… On peut également pratiquer de la sorte en utilisant beaucoup d’armes comme par exemple le sabre, l’épée, le bâton, éventail…

le tui shou («poussées de mains», travail par deux) ; une façon de se sortir d’une saisie ou d’une poussée, de maîtriser le partenaire (clé, projection) grâce à la connaissance des directions perturbatrices, des techniques, au contact continu avec les bras du partenaire, de savoir écouter le partenaire, l’accueillir, le suivre, etc…

Pour moi il est important de pratiquer les deux disciplines car chacune fait développer l’autre.

Je ne fais pas de cours spécifiques de TJQ, mais pendant les cours de Wushu, axés sur les gestuelles externes, nous travaillons sur le Yi, Fang Song, Fa Jin. Par contre les stages mensuels sont l’occasion de travailler plus profondément toutes les notions du Tai Ji Quan et les poussées de mains.

Photos prises lors de mon premier stage en 2016 avec Sifu Adam Mizner (habillé en gris), grand expert international du style Yang, des écoles des Maîtres Huang Sheng Shyan et Yang Shao Hou.

 

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C’est justement à ce stage avec Adam, que je retrouve un vieil ami à moi, Philippe Schmidt. Ancien champion de Wushu externe, ayant pratiqué plusieurs styles (chang quan, bâton, sabre, grue blanche…). Un passionné et surdoué !! Il m’apprend qu’il a arrêté l’externe et pratique le Taiji Quan école Cheng Man Ching depuis une petite quinzaine d’années.

Quelques mois plus tard il me recontacte et me propose de suivre ses stages de Tui Shou sur Bordeaux ; c’est donc en 2018 que je commence à faire connaissance de cette école et c’est le coup de foudre !!

J’adore la phrase qui dit (ce n’est peut-être pas exactement la vraie mais voici l’idée) : dès que vous levez les mains en pensant que vous faites du Taiji, ce n’est déjà plus du Taiji !

Cette idée de faire le vide, se rapprocher du rien, du moins…

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