Tai Ji Quan à Clermont-Ferrand

Les arts martiaux chinois comportent deux courants ; deux façons de travailler et d’utiliser le corps en combat : les styles dits « externes » et ceux dits « internes ».

Les principaux styles « externes » sont, le Shaolin, le Hung Gar, le Choy Li Fut, le Nan Quan, le Chang Quan… Pour faire court, qui dit « externe » dit travail sur la puissance musculaire (force + vitesse).

POURQUOI L’INTERNE POUR APPRENDRE A COMBATTRE ? Pourquoi avoir eu l’idée de s’entraîner au combat par le relâchement musculaire, les ondulations…(voir critères plus bas) ? Très certainement par l’observation de la nature, comme le serpent, l’eau, le vent… / sur le constat que relâchement+vitesse sont plus rapides que force+vitesse / que l’application de règles biomécaniques (leviers articulaires, technicité pour les projections…) prime sur la seule puissance et que si le corps est trop tendu, ces techniques biomécaniques ne peuvent s’appliquer ; à l’époque on privilégiait le corps à corps au pieds-poings ; les premières traces écrites de combat, sont des exercices de lutte et celle-ci est restée la plus répandue pendant des siècles / etc…

Etre gainé quand l’adversaire est très physique, cela se comprend, mais être relâché pendant les assauts puissants de l’autre, c’est bien plus complexe ; physiquement et mentalement (lutter contre les réflexes reptiliens : peur et contraction musculaire). C’est aussi pour cela que cette façon de combattre est tellement longue et difficile à maîtriser, que la majorité des gens lui ont préféré les boxes externes, plus faciles et rapides à appréhender.

1/ Les principaux ARTS MARTIAUX CHINOIS DITS « INTERNES » (Neijia Quan) sont : Taiji Quan (Taï Chi Chuan en cantonnais, 17e), le Ba Gua Zhang (Pékin 19e siècle), le Xing Yi Quan (non daté précisément), le Wudang Shan (boxes taoïstes non datées précisément), le Siming Shan, et le dernier en date, le Yi Quan (anciennement Da Cheng Quan, 20e).

2/ Le SYSTEME DE BOXE INTERNE (Neijia Quan) : la légende dit que ce serait un ermite taoïste du nom de Zhang Sanfeng (13e siècle) qui aurait créé cette façon de combattre, mais les premières réelles traces écrites datent les origines de la création de ce système de combat au 17e siècle à Siming Shan dans la province du Zhejiang (sur la tranche centrale de la Chine) et aussi dans le village Chenjiagou (fief de la famille Chen) à environ 50 km du temple de Shaolin du nord de la Chine.

3/ Le TAIJI QUAN a PLUSIEURS ECOLES : le Chen, le Yang, les Wu (deux) et le Sun.

4/ Le STYLE CHEN serait né officiellement au 17e siècle avec Chen Wangting (1600-1670 ou 1587-1664), qui aurait commencé à travailler la boxe, la lance et le sabre ; il transmettra sa pratique à ses enfants, qui poursuivront son enseignement…

Pendant six générations, le savoir se transmet en famille, puis un de ses descendants, Chen Changxing (1771-1853) ouvre l’enseignement aux personnes extérieures à la famille.

Ce dernier aurait donc appris à Yang Luchan (1799-1872) qui créera ensuite le style Yang (à moins que ce soit son petit-fils Yang Chengfu 1883-1936), qui enseignera à Wu Quanyou (1834-1902) qui créera le style Wu…

Sun Lutang (1801-1933) créera ensuite également son style (Sun) etc…

5/ OUVERTURE ET SIMPLIFICATION. Comme dit plus haut, avec la volonté d’ouverture au plus grand nombre, inéluctablement se sont imposées petit à petit, les obligations de simplifier, réduire, faciliter… Fini la vitesse, place aux gestes lents, fini le martial, priorité à la santé et bien-être du plus grand nombre, fini la complexo-difficulté, place à la simplification et raccourcissements des enchaînements. On peut rajouter les interdits de pratique martiale des idées communistes ; ce qui obligea les écoles à rester sur de la pratique de santé et bien-être.

Du coup, on comprend mieux pourquoi aujourd’hui le TJQ est si inefficace en combat réel (s’il peut certaines fois s’en sortir face aux luttes, il est inefficace face à du pieds-poings), alors qu’avant, par exemple, Yang Luchan (1799-1872 Wudi l’invincible) enseignait le style Chen à la Cité Interdite et Chen Yanxi (1820-1901 ?) enseigna pendant une dizaine d’années aux gardes du corps du ministre de l’impératrice Cixi.

Voilà en gros pour l’aspect historique.

5/ Il existe aussi des STYLES DITS « MIXTES », ayant une partie de leur travail axée sur les principes externes et internes (par exemple Ba Ji Quan, Wing Chun, Tong Bei Quan…) ; il est donc faux de croire que l’interne et l’externe sont cloisonnés, différents, et ne sont jamais combinés.

6/ LE TRAVAIL interne s’axe principalement sur :

– comme dans tout Art, d’abord il faut acquérir et développer l’ESPRIT (Shen), le mental. Etre certes motivé, déterminé, mais aussi, chercheur ; le mental de celui qui veut creuser les sensations et aller au plus profond…
– puis l’INTENTION (Yi) va s’affiner ; toujours être présent mentalement, concentré, ne jamais travailler sans Yi
– puis l’ENERGIE (Qi) se développe et s’oriente (dirigé par le Yi ; le Yi active le Qi)
– développer l’écoute (Ting) de son corps (biomécanique) et de celui du partenaire
– travailler à garder le calme intérieur profond (comme en méditation)
Pourquoi donner autant d’importance au mental et commencer d’abord par ses critères ? Parce que nous ne devons pas utiliser le musculaire et devons absolument développer l’écoute du corps et de l’esprit.

En parallèle, nous travaillons sur le physique :
– le minimalisme musculaire (utiliser le moins possible de muscles) pour n’utiliser que l’essentiel, que la force non-musculaire (Fa Jin)
– le relâchement musculaire vertical pour l’ancrage (Fang Song) ; priorité à la verticale
– la fluidité
– la douceur, de la caresse

– une respiration profonde

– le rebond (s’identifier à un ballon)…
– l’onde (par le jeu avec les articulations et le relâchement musculaire, on essaie de produire une onde parcourant le corps, de haut en bas et de bas en haut, devant-derrière) permettra de faire sortir la force non-musculaire (Fa Jin)
– et plein d’autres choses (il y a une multitude de combinaisons qui s’opèrent dans le corps)

Un travail complexe car précis, où les sensations « internes » du corps, le placement, les angles, l’accueil de la force adverse… sont à travailler.

Bien-entendu, pour maîtriser n’importe quel art, il faut appliquer l’adage : « ce n’est qu’en forgeant qu’on devient forgeron » alors, il faut s’entraîner encore et encore ; JUSQU’A CE QU’ON Y ARRIVE !

La pratique passe par :

les formes (enchaînements de mouvements codifiés que l’on fait seul dans le vide) ; une gymnastique douce, tenant le corps et l’esprit en éveil et sans stress, tonifiant sans fatiguer, apportant plein de sensations agréables, dénouant les tensions nerveuses et musculaires… On peut également pratiquer de la sorte en utilisant beaucoup d’armes comme par exemple le sabre, l’épée, le bâton, éventail…

le tui shou («poussées de mains», travail par deux) ; une façon de se sortir d’une saisie ou d’une poussée, de maîtriser le partenaire (clé, projection) grâce à la connaissance des directions perturbatrices, des techniques et au contact continu avec les bras du partenaire.

Pour moi il est important de pratiquer les deux disciplines car chacune fait développer l’autre. Il ne peut y avoir d’utilisation du Qi sans avoir des techniques de combat (le TJQ est un art martial).

Je ne fais pas de cours spécifiques de TJQ, mais pendant les cours de Wushu, axés sur les gestuelles externes, nous travaillons sur le Yi, Fang Song, Fa Jin. Par contre les stages mensuels sont l’occasion de travailler plus profondément toutes les notions du Tai Ji Quan et les poussées de mains.

Photos avec Sifu Adam Mizner (habillé en gris), grand expert international du style Yang, des écoles des Maîtres Huang Sheng Shyan et Yang Shao Hou.

 

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