Parcours

C’est à 15 ans que les films de Bruce Lee m’ont donné envie de pratiquer les arts martiaux. Ados, nous nous entraînions des heures avec les copains, dans les garages, les caves, les appartements, les cours…. à se faire mal avec les nunchakus (fabriqués avec les manches à balai de la maison), à chercher à taper le plus haut possible avec le pied…. période merveilleuse de fantasmes, mysticisme où nous cherchions déjà à nous faire des programmes complets et où chacun voulait être le meilleur. A 17 ans (en 1983) je commence la pratique en club, par le Viet Vo Dao, style Thanh Long (art martial traditionnel vietnamien très proche du kung-fu traditionnel) auprès de Maître Nguyen Gérard.

A cette époque, il m’est arrivé de faire l’échauffement des cours débutants et je m’apprêtais à passer ma ceinture noire. L’ambiance au club est merveilleuse, mais…

En 1986, une amie m’amène voir un Maître de Taiji Quan (courant interne) et de Wushu (courant externe) : Maître WANG WEI GUO. C’est le célèbre entraîneur de l’équipe de France de Wushu. Il pratique dès l’age de 10 ans les arts internes et externes ; ses deux maîtres principaux ont été : Maître Kou Li Seng de l’école Yang et Maître Cheng Yuan Ling de l’école Chen. Son Taiji peut être lent comme rapide, puisqu’il a travaillé les deux styles. Il pratique également le Nan Quan (boxe du sud), la lance…

Je découvre la même gestuelle que dans les films, les mêmes attitudes, les mêmes postures…. enfin bref : c’est le choc ! Pendant quinze ans je vais participer à ses stages de Taiji Quan style Yang, école Yang Shao Hou (nom du Maître fondateur) ainsi que le Tui Shou (approche combat du TJQ traduite par « mains collantes »).

Il me fait comprendre que l’interne et l’externe doivent être liés dès le début et ne pas être dissociés. Il nous disait que plus on pratique plus on doit être bon. Or si l’on choisit la voie purement sportive et gymnique du wushu, on ne peut envisager la pratique sur une évolution de long terme, mais bien sur une régression, vu que l’age va forcément faire baisser les capacités physiques. J’ai ressenti très fort cela et je n’ai jamais lâché l’interne dans ma pratique.

weiguo

Maître WANG WEI GUO

Pendant quatre ans, des camarades et moi (« les cinq potiches de bronze de Clermont » -petit clin d’œil-) bénéficions en fin de séance de TJQ, de cours supplémentaires à la dure, sur les formes externes modernes, du bâton du nord, sabre du nord, Nan Quan (boxe du sud) et des traditionnelles comme les « séries de Shaolin » (tan tui). Pendant la semaine nous nous entraînons d’arrache-pied dans une ambiance passionnée, en attendant le prochain stage mensuel.

L’année 1990 marque un tournant pour mon travail externe car Wei Guo nous dirige (une des potiches et moi) vers l’un de ses meilleurs élèves de Wushu externe, Michel DELCOURT, afin de nous initier aux taos du système dit « moderne », qui implique de sauter plus haut, descendre plus bas les postures, rallonger les taos en y incorporant des mouvements plus complexes avec un rythme plus soutenu et une souplesse plus importante. Comme ces mouvements sont merveilleusement circulaires (et d’une richesse technique incroyable), c’est un vrai bonheur de les travailler en y incorporant des notions d’interne (spirale, fluidité, fouet…). Je continue bien évidemment mon apprentissage du Taiji avec Wei Guo.

Michel a été plusieurs fois Champion de France Technique (en particulier en Chang Quan et Bâton) et participant de compétitions en Chine (sous la férule de Wei Guo qui est l’entraîneur de l’équipe de France de Wushu).

Pendant plusieurs années à ses côtés, j’ai développé une dynamique de travail et appris un grand nombre de taolus. En plus d’avoir un mental d’acier (il nous est arrivé de faire des journées de 11 heures pendant les stages), Michel est aussi un vrai dictionnaire de Wushu : il connaît une foule de variantes de mouvements, qu’il peut combiner à la seconde, sait créer facilement des taos personnalisés pour chacun de ses élèves, compétiteur ou non. J’ai donc été formé aux taos de base, intermédiaires et supérieurs, en mains nues comme en armes. Très fort également en combat, il nous a enseigné le combat souple pieds-poings (Sanshou).

Bien que n’étant pas attiré par le côté «spectacle», j’ai participé à quelques compétitions (coupe de Paris, championnat de France à Troyes) et démonstrations (région parisienne, Bercy en tao de groupe et en individuel, Téléthon à Clermont-Cézeaux…), mais n’ayant pas d’affinité avec ce « système », je décide de ne pas m’attarder…

Été 1994, je pars dans l’institut d’arts martiaux Di An Men au centre de Pékin (là où Li Lian Jie -appelé Jet Li- a travaillé). Mes professeurs ne sont ni plus ni moins que ses compagnons de compétitions, à savoir Lü Yuen pour perfectionner mes bases de sabre et Tsui Ya Hui qui m’apprend celles du style de la mante religieuse. J’ai eu la chance de saluer le célèbre entraîneur de Li Lian Jie : Wu Bin. Je remercie mes professeurs en France de m’avoir enseigné à la dure car là-bas j’étais comme un poisson dans l’eau ; de merveilleux souvenirs malgré de petits coups de bâton qui s’abattaient sur les élèves autour de moi -j’ai réussi à y échapper de justesse- ! Par ce séjour, toute ma vision de l’Art va s’ancrer au plus profond, via les images, les impressions : l’émotionnel, l’esprit : le Shen.

li lian jie

Sur cette photo, on voit Wu Bin, l’entraîneur de l’équipe de Wushu en 1979 (en bas à gauche), Li Lian Jie (alias Jet Li) en haut, deuxième en partant de la droite, Ts’ui Ya Hui (ou Cui Yahui) en haut, quatrième en partant de la droite (c’est lui qui m’a appris le Tang Lang -mante religieuse-) et Lu Yen (ou Luu Yan), au milieu, troisième en partant de la gauche (qui m’a appris le sabre du nord). En bas à droite, Li Jinfeng, le directeur de l’institut de Wushu, Di An Men (au centre de Pékin) qui m’a accueilli à l’aéroport et s’est occupé de moi pendant mon séjour (d’une gentillesse rare).

LU-YEN-TSUI-YA-HUI

Eté 1994, avec mes professeurs Lu Yen (pour le sabre du nord) et Ts’ui Ya Hui (du style de la mante religieuse). Nous sommes devant les cuisines de l’Institut de Wushu, Di An Men, au centre de Pékin (oui le short est vraiment limite je l’avoue…).

C’est en 1996 que j’obtiens le Brevet d’Éducateur Sportif, devenant de la sorte professionnel.

AUJOURD’HUI : j’enseigne plus de 30 formes (taos) traditionnelles, de base et modernes :

  • Armes → bâton (seul ou combinés par deux, appelés Duilian) / hallebarde-cimetère / sabre du nord / sabre du Sud / lance / épée
  • Mains nues → taos de base d’écoles / taos intermédiaires de Pékin (Chu Ji) / taos intermédiaires  traditionnels comme la Marche du style Shaolin / taos avancés traditionnels et de compétition libres et imposés (Guding) : Nan Quan (Boxe du Sud) / Chang Quan (Boxe Longue), / Combiné Chang Quan (Duilian) / Tang Lang (mante religieuse) /Ba Ji Quan (Boxe des Huit Extrêmes) / Tong Bei Quan (Boxe du dos-bras traversé ou du Singe Blanc).

WING CHUN avec Sifu DIDIER BEDDAR.

Le Wing Chun est un style combinant les principes internes et externes. Par exemple, dans les Chi Sao, nous retrouvons les mêmes principes que dans le Tui Shou (collés de mains du Taï Ji Quan), le relâchement musculaire a une place fondamentale…

Je pratique le combat traditionnel (sans gants), le moderne (Sanshou avec gants), le Tui Shou (coller de mains du Taï Ji Quan), mais en 2013 je décide de me perfectionner en pratiquant le Wing Chun ; travailler auprès de Sifu Didier Beddar c’est la cerise sur le gâteau…!

C’est un homme bon (il m’a permis de dormir dans sa salle sans aucune question ni contrepartie), généreux (il n’est pas du genre à regarder la pendule pour arrêter à l’heure, il répond à toutes les questions…), simple (pour voir son niveau de maîtrise, qu’il a connu personnellement Li Lian Jie -Jet Li-, Jackie Chan, Michelle Yeoh, bien sûr William Cheung son maître, sans parler des célébrités martiales nationales et j’en oublie….) on l’aborde en toute simplicité et à aucun moment il y a un protocole, rituel hiérarchique ou tout comportement s’en rapprochant. Il est également très jovial, à plaisanter, montrant qu’il ne faut pas « sévériser » ni sa pratique ni soi-même. A le voir exécuter ses mouvements, on voit tout de suite que c’est un passionné et bosseur acharné ; le moindre petit geste et il est entier avec. Je vous invite à regarder sa biographie ; c’est très intéressant.

C’est aussi ce qui se dégage de ses stages. Nous venons d’autres villes, pays, arts martiaux… et pourtant on s’entraîne dur, tout simplement ; des moments débarrassés de tout aspect compétitif, mystification, démonstration, niveau, comparaison, différences… : travailler et que travailler ; pour le seul amour de l’art (à l’image de Sifu).

Didier Beddar Clermont Ferrand

 

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