Mon enseignement

J’ai été formé au Kung-Fu Wushu (formes externes) et au Tai Ji Quan interne. J’ai donc développé des sensations et c’est sur elles que je concentre mon enseignement aujourd’hui : pour moi l’interne et l’externe sont indissociables. Je ne peux passer à côté de la formidable richesse technique de l’externe sans y appliquer le travail interne que j’incorpore de plus en plus au fur et à mesure de l’avancée de l’élève.

Progressivement, l’élève doit apprendre, comprendre, accepter, intégrer, appliquer les fondamentaux :
– ne pas se crisper, s’énerver, travailler superficiellement
– être de plus en plus précis, concentré et exigeant, sur les critères et paramètres fondamentaux à travailler
– il y a une sacrée différence entre le « savoir » (savoir les formes taolus) et le savoir-faire (travail complexe du jeu de corps qui demande beaucoup d’écoute et d’exigence)
– pratiquer l’Art juste pour le plaisir que cela procure (il y a ceux qui font le tour du monde le plus vite possible, et il y a ceux qui espèrent qu’il durera toute leur vie)
– le chemin est certes difficile, mais c’est le difficile qui est le chemin (on ne se construit pas quand tout est facile)
– ne pas être formaté par le rapide, facile, pratique, ludique, moins cher, sinon votre canapé sera le plus rapide point d’arrivée -> quand c’est l’heure d’aller à l’entraînement, on prend son sac et on y va ; quand on y est, on est heureux et quand on revient on est comblé
– ne pas craindre d’avancer lentement ; craindre seulement de s’arrêter
– ne pas regarder la cruche mais ce qu’elle contient ; regarder la lune, pas le doigt qui la montre -> ne pas se contenter de travailler superficiellement un geste ; seul le travail en profondeur amène au trésor (le fond…pas la forme)
– un entraînement est une goutte d’eau ; s’entraîner jusqu’à remplir son être entier d’eau (ne rien faire, est laisser le récipient sans couvercle)
– le métier c’est ce qui ne s’apprend pas, et les questions que l’on se pose n’ont que la pratique pour réponse ; ceux qui veulent tout tout de suite et sans travailler, chercher… ont déjà perdu
– c’est pour cela que la pratique d’un Art demande (et apporte) patience, persévérance, humilité
A force de travailler sur les fondamentaux, on lâche-prise, on garde de moins en moins, on donne de plus en plus, on devient efficace en forçant de moins en moins, etc…/ le travail finit toujours par payer.

La pratique d’un Art fait appel (demande, travaille, développe) avant tout au MENTAL, l’Esprit (SHEN) ; l’Esprit pendant l’acte artistique, le geste ; le geste guidé par le Mental. C’est cela ; rien de plus, rien de moins. Vous devez faire appel à vos sensations profondes, plongez dans votre corps et votre mental pour savoir, sentir, préciser les sensations.

Le Shen sert aussi à ne pas se dérober face à la difficulté, à l’échec… Il ne faut pas bifurquer pour éviter d’avoir à persévérer des années et tomber dans le piège du facile-pratique-rapide…

Le bon travail (GONG) allie forcément les principes Yin et Yang (calme intérieur et détermination / ralenti et accélération / relâchement musculaire et fouet / fluidité et rebond…) ; rien de plus, rien de moins.

Ne vous fiez donc surtout pas aux vidéos tape-à-l’oeil où vous voyez des gens qui font des gestes à pleine puissance ! Je comprends que cela peut impressionner certains, mais vous voyez surtout quelqu’un en train de subir une cadence infernale.

De même, ne prenez pas la personne en train de s’entraîner en répétant des milliers de fois des gestes fluides et équilibrés, comme quelqu’un qui travaille de façon stérile, ou comme quelqu’un d’austère ou « perché ». Sachez lire entre les lignes ; elle (son corps et son esprit) est justement en train de travailler en respectant tous les critères du Gong Fu (calme intérieur, respect du Yin-Yang, quantité, qualité, respect du corps, vision sur le long terme, pratique saine…).

Attention quand vous regardez un expert, rappelez-vous que vous voyez quelqu’un qui passe des années à s’entraîner, et qu’il n’y a pas d’autres façons d’y arriver.

En tant que professeur, j’ai plusieurs impératifs dont : perpétuer le haut niveau d’exigence que demande mon Art, sinon cet Art est condamné /diriger l’élève sur les critères fondamentaux afin de lui donner un enseignement de qualité ; l’élève doit avoir accès aux fondements de l’Art pour pouvoir s’en nourrir, se construire et se l’approprier (respect envers l’Art et l’élève).

De la sorte, l’Art pourra perdurer, sinon ce ne sera plus un Art digne de ce nom. Tout ce travail en vaut la chandelle : il amène des moments de grand plaisir, de sensations, de recherche, de passion…; choses précieuses…

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