J’ai été formé au Kung-Fu Wushu (formes externes) et au Taiji Quan interne. J’ai donc développé des sensations et c’est sur elles que je concentre mon enseignement aujourd’hui : pour moi l’interne et l’externe sont indissociables. Je ne peux passer à côté de la formidable richesse technique de l’externe sans y appliquer le travail interne que j’incorpore de plus en plus au fur et à mesure de l’avancée de l’élève.

Aujourd’hui je continue de me former en Wing Chun et Taiji Quan, auprès de professeurs exigeants qui ne tergiversent pas avec les fondamentaux.

LES PRINCIPES, LES FONDAMENTAUX

J’enseigne depuis le début des années 90 et voici quelques remarques sur la Pratique :

– progressivement, l’élève doit apprendre, comprendre, accepter, intégrer, appliquer, perfectionner, entretenir les fondamentaux. Ce sont eux, du débutant à l’expert, qui seront indispensables à travailler encore et encore !
– être de plus en plus précis, concentré et exigeant, sur les critères et paramètres fondamentaux
– il y a une sacrée différence entre le « savoir » (savoir les formes taolus) et le savoir-faire (travail complexe du jeu de corps qui demande beaucoup d’écoute et d’exigence). Kung-fu vient de Gong-fu qui désigne l’idée de « savoir-faire », « maîtrise ». Travail qui n’a pas de limite. J’ai passé des années à accumuler des formes (taolus) jusqu’au jour où je me suis aperçu que j’avais trop privilégié le savoir au lieu de la structure interne du corps. Je m’applique à ce que vous ne fassiez pas la même erreur.
– pratiquer l’Art juste pour le plaisir que cela procure : pour pratiquer dans de bonnes conditions, il faut être en paix avec soi-même (émotions, pensées…), avec les autres (voisins, patrons, collègues, société…) et avec la Pratique.

– le chemin est certes difficile, mais c’est le difficile qui est le chemin (on ne se construit pas quand tout est facile)
– ne pas être formaté par le « rapide-facile-pratique-ludique-moins cher » de notre société actuelle, sinon votre canapé sera le plus rapide point d’arrivée -> quand c’est l’heure d’aller à l’entraînement, on prend son sac et on y va ; quand on y est, on est heureux et quand on revient on est comblé
– le métier c’est ce qui ne s’apprend pas, et les questions qu’on se pose n’ont que la pratique pour réponse ; ceux qui veulent tout tout de suite et sans travailler-chercher… ont déjà perdu
– c’est pour cela que la pratique d’un Art demande (et apporte) patience, persévérance, humilité… le travail finit toujours par payer.

ne pas se dérober face à la difficulté, à l’échec… ; bifurquer sur le fun, l’ironie…, tomber dans le piège du facile-pratique-rapide-ludique…

– ne vous fiez donc surtout pas aux vidéos tape-à-l’oeil où vous voyez des gens qui font des gestes à pleine puissance ; ralentis et musique qui vont bien…! Je comprends que cela peut impressionner certains, mais comprenez que vous voyez surtout quelqu’un en train de subir une cadence infernale ; de subir ce qu’il créé lui-même.

– de même, ne prenez pas la personne en train de s’entraîner tranquillement en répétant des milliers de fois des gestes fluides et équilibrés, comme quelqu’un qui travaille de façon stérile, austère ou « perché ». Sachez lire entre les lignes ; elle (son corps et son esprit) est justement en train de travailler en respectant tous les critères du Gong Fu (calme intérieur, respect du Yin-Yang, quantité, qualité, respect du corps, vision sur le long terme, pratique saine, objectif d’excellence…).

– attention quand vous regardez un expert, rappelez-vous que vous voyez quelqu’un qui a sacrifié des années à l’entraînement, et qu’il n’y a pas d’autres façons d’y arriver (ce n’est qu’en forgeant qu’on devient forgeron).

En tant que professeur, j’ai plusieurs impératifs dont : perpétuer le haut niveau d’exigence que demande mon Art (sinon cet Art est condamné à s’appauvrir par le laxisme-ludique-rapide-facile-pratique…) / diriger les élèves sur les critères fondamentaux et un enseignement de qualité pour pouvoir s’en nourrir, se construire et se l’approprier (j’ai une obligation de respect envers l’Art et l’élève).

De la sorte, l’Art pourra perdurer, sinon ce ne sera plus un Art digne de ce nom. Tout ce travail en vaut la chandelle : il amène des moments de grand plaisir, sensations profondes et insoupçonnées, de recherche passionnante…; choses tellement précieuses…